APRR – Direction Générale
M.
N...Directeur Général délégué
36
rue du Dr Schmitt
21850
Saint - Apollinaire
Dijon, le 28 février 2008
Objet : votre courrier du
22.02.2008
Monsieur le Directeur Général délégué,
Notre syndicat vient de prendre connaissance avec intérêt de votre courrier en date du 22 février 2008 à propos de notre récent tract et nous tenons à vous apporter
les précisions suivantes :
SUD confirme tout d’abord ses affirmations au sujet des licenciements et départs en cascade au sein d’APRR, depuis son passage sous le giron d’Eiffage ; vous
affirmez le contraire, espérons alors que les prochains bilans sociaux confirmeront vos dires, même si la situation actuelle nous permet de constater un nombre de licenciements et de
« départs négociés » jamais atteint au sein de notre Groupe.
Le harcèlement moral, quant à lui, est bel et bien présent au quotidien sur chacun de nos sites, mais il est vrai que vos contacts avec le terrain sont quasi
inexistants, ce qui explique en grande partie votre profonde méconnaissance du sujet. Vous semblez réclamer en retour des interventions en justice, nous en prenons bonne note en précisant au
passage qu’un contexte social dégradé ne se juge pas qu’au travers du nombre de décisions juridiques, le ras-le-bol général parmi votre personnel étant assurément le meilleur indicateur d’une
réalité que nul ne peut ignorer… sinon vous.
La réorganisation du groupe se réalise aux forceps, sans la moindre discussion avec les représentants du personnel, ce n’est plus seulement SUD qui le dit mais la
plupart des organisations syndicales (voir sur ce sujet la multitude de tracts et interventions en réunion de plusieurs syndicats) ; SUD remarque par ailleurs que le mécontentement se
propage justement à de nombreux syndicats, tant chez APRR que chez Eiffage ; non seulement SUD ne corrige pas ses propres jugements à propos de votre gestion sociale, mais ce sont au
contraire de plus en plus de voix qui s’élèvent pour rejoindre nos positions, ce qui représente à nos yeux un signe encourageant dans notre dénonciation permanente de pratiques
intolérables.
La nouvelle classification se transforme en véritable bourbier, avec un nombre extrêmement élevé de recours des salariés et une opposition farouche de plusieurs
syndicats dont SUD. A ce jour ce processus de classification apparaît dans toute son opacité et l’ensemble est géré dans une confusion dont vous portez l’entière responsabilité.
L’absence de proposition (Vous semblez vouloir ignorer les deux courriers de notre organisation sur le sujet ainsi que les multiples interventions de notre organisation lors des réunions de
commission de Suivi des Classifications qui n’auront manifestement pas retenu toute votre attention) que vous dénoncez aujourd’hui n’est due qu’à l’empressement que vous aurez mis à
promouvoir un système illisible pour tous (d’ailleurs, nous remarquons qu’un nombre grandissant de Cadres ne se sont pas gêné pour exprimer sans détour ce sentiment de consternation face à
un système imposé dans la hâte, qui dénote qui plus est d’un réel sens de l’iniquité entre les postes « reclassifiés »).
Vous abordez ensuite les résultats positifs qu’aurait produit votre gestion sociale :
L’accord salarial 2007 a pu être conclu grâce aux interventions déterminantes du syndicat SUD, et puisque vous semblez porter beaucoup d’intérêt à la question du
pouvoir d’achat, nul doute que vos considérations sont identiques en cette année 2008 et que vous saurez là encore répondre aux revendications de notre syndicat, dans un contexte économique
fortement dégradé qui exigera un effort sans précédent de la part de la Direction (l’Etat ayant lui même demandé aux grands groupes de mieux redistribuer au plan salarial les fruits de leurs
excellents résultats financiers).
Le fait que vous osiez citer la question de la Participation relève de la haute voltige puisqu’il y a quelques jours, les salariés du Groupe ont été estomaqués en
recevant leur relevé annuel de la Sicavas Eiffage, ce qui leur a permis de constater que leur Participation a quasiment fondu de moitié en moins d’un an ; cet élément aura largement confirmé
les propos de SUD sur les dangers que représente un placement sur la Sicavas Eiffage. De plus l’intéressement et la participation versés sur cette même Sicavas auront en quelque sorte fait la une
de l’actualité en 2007 lorsque votre PDG a cru bon de bloquer tout rachat de parts lors des assauts de Sacyr sur Eiffage. Quant aux montants importants (quoique très aléatoires), il résultent
tout d’abord du travail des salariés et, bien pire, ils sont aussi la résultante de la réduction des effectifs et de la réorganisation de la structure : un salarié d’APRR préférera toujours
un emploi sauvegardé dans le temps à une prime annuelle.
Il ne restera de l’accord sur le droit syndical qu’un vaste artifice qui vous aura permis (du moins provisoirement) de scléroser le paysage syndical d’APRR, même si
sur ce point aussi nous constatons jour après jour une volte-face brutale de plusieurs syndicats, ce qui confirme nos positions de l’époque.
L’accord CATS serait louable s’il permettait une embauche nouvelle à chaque départ, or cet accord chez APRR servira surtout à la Société d’orchestrer un plan social
aux frais des Pouvoirs Publics qui conduira à la disparition de 10% des effectifs : si SUD est enclin à négocier le départ anticipé des salariés ayant accomplis des tâches pénibles, nous
n’allons toutefois pas nous laisser piéger par un dispositif dont la finalité n’a rien à voir avec un quelconque soutien envers cette catégorie du personnel.
Sur « la défense des intérêts supérieurs des salariés », nous vous faisons tout d’abord remarquer que l’extrême confusion autour du dossier SACYR repose
uniquement sur la gestion de ce dossier dirigée depuis des mois par l’actuel ex-nouveau PDG d’Eiffage ; nos déclarations à la presse française et étrangère ont toujours exprimées notre
profonde aversion de la situation subie par APRR depuis sa privatisation : c’est le passage sous le giron d’Eiffage qui nous aura tous conduit dans une telle impasse, et autant dire que sur
ce point, nous pouvons difficilement recevoir des leçons de morale de votre part, étant clairement établi que SUD n’a eu cesse de combattre la politique capitaliste dans laquelle notre Groupe
s’est retrouvé plongé de force fin 2005.
Il peut paraître surprenant que vous osiez aujourd’hui nous opposer de pareils arguments, d’autant que dans la « défense des salariés », nous avons pu
remarquer votre extrême discrétion au moment de défendre les intérêts supérieurs du salarié Benoît HEITZ.
Nous répondrons plus avant à vos propos lors de la diffusion d’un prochain document 4 pages « 107.SUD », car ce qui importe à nos yeux c’est avant tout
d’informer les salariés sur des bases clairvoyantes. Les sujets ne manquent pas, car APRR va mal, très mal même, notre vécu du terrain nous permet de saisir au plus près le malaise grandissant au
sein du Groupe.
Nous serons toujours là pour détruire les illusions et les artifices qui encombrent si souvent nos sites de travail : les salariés, nos collègues, ne sont plus
dupes de rien.
Nous confions à votre réflexion cette maxime : « Mir wëlle bleiwe wat mir sinn ». Difficile de croire que vous n’aurez pas reconnu là la devise du
Grand Duché du Luxembourg qui signifie « Nous voulons rester ce que nous sommes ».
Que nos tracts suscitent autant d’intérêt chez vous est pour nous un honneur.
Qu’autant de salariés et de syndicats rejoignent désormais nos points de vue pourrait un jour ressembler à une consécration.
Et que vous vouliez poursuivre le dialogue social avec SUD nous ravit.
Pour toute ces raisons et tant d’autres à venir, nous vous adressons, Monsieur le Directeur Général Délégué, l’expression de nos salutations cordiales.
Pour le Syndicat SUD Autoroutes,
J.P.
CAMPANATO
Copie : Délégués
Syndicaux d’Etablissement SUD
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