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Délégué Syndical Central
     Pascal GRAPPIN
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Prochaine négo viab-sécu : le mardi 14 février 2012 et NAO : le marcredi 22 février 2012

Liberté de parole et intransigeance attirent les militants vers les syndicats SUD -  - Rémi Barroux, Luc Cédelle et Catherine Rollot.
 
 
 
CATHY ROUDAUT, 33 ANS, SUD-SANTÉ

Cathy Roudaut se décrit comme "modérée" mais son regard clair reflète sa détermination. Infirmière en réanimation à l’hôpital Beaujon, à Clichy, Cathy n’a pas rejoint SUD-Santé en 1998 pour des raisons politiques et pour l’image radicale de SUD. "Je n’adhère pas à des idées politiques précises, à des partis", explique-t-elle. Se disant apolitique, "plutôt de gauche", elle a voté "modéré" au premier tour, et Ségolène Royal au second. Alors, pourquoi SUD ? "Mon mari était cheminot et, en 1995, j’ai suivi toutes leurs grèves. Après son départ de la CFDT, j’ai vécu la création de SUD-Rail avec lui", se souvient cette Bretonne mère de deux jeunes enfants.

Déléguée syndicale, élue au conseil d’établissement, Cathy aime surtout se battre pour les collègues : "J’aime l’indépendance à SUD, et quand on a des mouvements dans la santé, c’est à nous d’en parler, personne ne le fait à notre place." Elle a tout donné durant la grève de cinq semaines à la "réa’", en janvier 2007. "Dans la santé, on ne peut pas être dans la logique du blocage, donc la moindre des choses, c’est d’aller discuter.", explique Cathy. Le côté " mouvement social", les nombreuses campagnes tous azimuts de Solidaires, elle a du mal à suivre. "Diffuser tous les tracts, ce n’est pas possible, dans le service personne ne les lit plus", raconte-t-elle.

KAMEL KANA, 39 ANS, SUD-PSA

Avant de s’exposer devant les caméras de télévision, en mars 2007, exhortant à la grève ses collègues de l’entreprise PSA à Aulnay, Kamel Kana a commencé par la clandestinité et la précarité. Sans-papiers durant des années après son arrivée en France, en 1989 - Kamel a quitté sa Kabylie natale pour rejoindre son père, ouvrier chez Renault - il a enchaîné les petits boulots jusqu’à son embauche comme intérimaire chez PSA-Peugeot-Citroën. Il a rejoint, en 2003, les effectifs de l’entreprise (4 000 plus un millier d’intérimaires). "J’ai été direct à la CGT, raconte Kamel, il n’y avait pas trop le choix, sinon, c’était la CSL (Confédération des syndicats libres, ex-CFT), le syndicat de la direction, des fumiers." En 2004, "parce que ça ne bougeait pas", Kamel suit son copain délégué syndical, Mohamed, qui quitte la CGT, avec trois autres délégués. Avec une cinquantaine d’adhérents, ils créent SUD. Celui qui a vécu enfant le "printemps berbère" de 1980 et participé aux révoltes d’octobre 1988 en Algérie apprécie le côté altermondialiste de Solidaires, comme la solidarité avec les sans-papiers ou avec les luttes des "précaires".

Aujourd’hui, Kamel est le seul élu SUD au comité d’entreprise (collège ouvriers) aux côtés de quatre élus de la CGT et de quatre de la CSL. Il a surtout animé une grève de six semaines à la fin de l’hiver 2007, en pleine campagne électorale. "Tous les candidats de gauche sont venus nous voir", s’amuse-t-il, "même Ségolène Royal juste à la fin du conflit". Kamel, sans parti, a voté pour elle au second tour, mais a glissé un bulletin pour Olivier Besancenot, le candidat de la LCR, au premier. "Au syndicat, explique-t-il, on est plus Besancenot, lui aussi il est à SUD, et si l’extrême gauche peut changer les choses, pourquoi pas ?"

SANDRA DEMARCQ, 35 ANS, SUD-PTT

Avant même de rejoindre la LCR en 1999, Sandra Demarcq a commencé sa vie militante dès son premier job sérieux, dans un petit centre d’appel à Boulogne-Billancourt. L’étudiante qui venait de boucler son DES d’histoire sur "le mouvement des ouvriers coiffeurs à Paris de 1897 à 1917", fille de parents communistes, "des purs et durs", veut alors créer un syndicat, parce que "les jeunes, nombreux, se plaignaient des conditions de travail". Après un "casting" syndical, c’est SUD qui convainc le plus. "Dès qu’on avait un problème ils nous aidaient", se félicite Sandra. Autre avantage, "à SUD, tout le monde a son mot à dire, pas seulement les grandes gueules". La jeune femme apprécie aussi les combats menés à l’extérieur de l’entreprise, "pour les sans-papiers, contre les discriminations racistes et sexistes".

"Quand je suis devenue permanente à SUD-PTT, il y en a bien quelques-uns dans le syndicat qui ont protesté en disant que cela payerait une permanente à la Ligue", se rappelle-t-elle. Mais cela n’a pas duré. C’est plutôt sa provenance du secteur privé qui a inquiété. "Contrairement aux autres permanents détachés des entreprises publiques, il a fallu que je démissionne de mon boulot et que la fédération me paye. Certains ont craint un risque de dérive bureaucratique avec, en toile de fond, la progression du privé dans un secteur jusqu’alors public", raconte Sandra.

ANISSA ALI-ABDALLAH, 27 ANS, SUD-RAIL

Quand Anissa Ali-Abdallah traverse la gare de Lyon, elle s’arrête tous les dix mètres pour saluer et embrasser des collègues. Chaleureuse, la cheminote de SUD-Rail, qui a eu les honneurs de Libération durant la grève de novembre, se défend d’être une star. Ce qui l’a attirée à SUD-Rail, c’est qu’il n’y a pas de vedette. "Tu peux exprimer tes positions, il n’y a pas de hiérarchie pour te dire ce que tu dois faire", avance-t-elle. Enfant d’Evry, d’origine comorienne et père cheminot syndiqué à SUD-Rail, elle est entrée à la SNCF en 2001 où elle travaille au guichet "grandes lignes". Anissa a choisi SUD, parce que " dès qu’il y a un problème, ils sont là, ils réagissent vite, ils aident." La gare de Lyon c’est le bastion de SUD : près de 150 militants sur la seule gare où le syndicat arrive en tête devant la CGT.

Anissa aurait voulu que la grève dure "pour obtenir quelque chose" et se dit prête à repartir "pour aller au bout". Elle est persuadée qu’il est toujours possible de "revenir à 37,5 annuités de cotisation pour tous". Pour cela, il faudrait que "la CGT, (Bernard) Thibault et (Didier) Le Reste ne lâchent pas les cheminots comme ils viennent de le faire, sans rien avoir obtenu d’autre qu’un calendrier de négociation".

VÉRONIQUE DECKER, 50 ANS, SUD-EDUCATION

Caractère trempé, humour à toute épreuve, Véronique Decker, 26 ans d’enseignement, est directrice de l’école Marie-Curie à Bobigny. Cet établissement, au pied des tours, compte plus de 300 élèves sur lesquels se concentrent les problèmes. "Chez nous, l’hétérogénéité, c’est plutôt 100 % de pauvres", dit-elle, ajoutant qu’il faut "arrêter de se payer leur tête en s’acharnant à mettre les élèves les plus fragiles avec les enseignants les plus débutants". C’est là un des grands méfaits qu’elle attribue à la "cogestion" entre les syndicats majoritaires et l’administration. C’est aussi un des motifs de son adhésion, il y a six ans, à SUD-Education, après avoir longtemps milité au SNUipp-FSU. Pour elle, "le combat syndical, ce doit être d’améliorer les conditions d’enseignement, pas de cogérer les mutations".

Ce qu’elle apprécie le plus à SUD, "c’est l’indépendance quel que soit le gouvernement en place, y compris s’il est de gauche". C’est aussi la combativité d’un "syndicalisme de lutte", intransigeant avec l’administration et la hiérarchie. Non affiliée politiquement, elle est engagée aux côtés des sans-papiers - un de ses élèves, malade, a frôlé l’expulsion avec ses parents - et, depuis longtemps, dans la pédagogie Freinet.

BENJAMIN LORMET, 25 ANS, SUD-ETUDIANTS

Benjamin Lormet a déjà derrière lui dix ans de militantisme. Et parfois, il l’avoue c’est " pire que de travailler pour un patron. Pas de RTT, de vacances et des journées qui commencent à 7 heures et finissent à 2 heures du mat". Encarté à SUD-Etudiant depuis cinq ans, l’étudiant a une vie universitaire un peu chaotique. En deuxième année d’histoire à Paris-I, au centre Tolbiac, il s’est consacré à la mobilisation contre la loi Pécresse sur l’autonomie des universités. S’il a choisi SUD, c’est parce qu’il est partisan " d’un syndicalisme de lutte", et pas " d’un syndicalisme de service comme celui de l’UNEF, qui tient la coopérative étudiante et vend des barres chocolatées". Il se sent bien dans le débat permanent qui agite l’organisation, même s’il concède que ce fonctionnement empêche le syndicat d’être très réactif. Qu’importe, le rapport égalitaire entre les militants et l’ancrage de l’organisation sur des mots d’ordre " anticapitalistes et de gauche" motivent son engagement.
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