(Cliquez sur l'image
pour agrandir).
Tél. 06 46 09 47 19
21 juillet
2010
Autoroutes Paris Rhin Rhône (Groupe EIFFAGE) condamnée deux fois
par le CPH de Dijon pour la même salariée (avec l’appui du syndicat SUD APRR).
Par jugement du Conseil des prud’hommes de DIJON en date du 19 mars 2009 :
« Le Conseil des Prud’hommes (…) REQUALIFIE l’ensemble des contrats de travail à durée déterminée du 11 juillet 2001 au 16 octobre 2008, en contrat de travail à durée indéterminée à temps complet.
RAPPELLE à la SOCIETE DES AUTOROUTES PARIS RHIN RHONE la proposition faite à la barre, d’embaucher la salariée, à compter du 9 janvier 2009 en contrat à durée indéterminée à temps plein.
CONDAMNE la Société des AUTOROUTES PARIS RHIN RHONE, prise en la personne de son Président Directeur Général (Mr ROVERATO), à payer à la salariée les sommes suivantes (1800 € à titre d’indemnité de requalification, 5400 € à titre de dommages et intérêts pour suspension du contrat à durée déterminée pour la période du 22 octobre 2008 jusqu’au 8 janvier 2009, 1000 € à titre de prime exceptionnelle, CONDAMNE la Société des Autoroutes Paris Rhin Rhône, prise en la personne de son Président Directeur général en exercice, à payer 500 € au titre de l’article 700 du Code de Procédure civile »
Autoroutes Paris Rhin Rhône et la Salariée n’ont pas interjeté appel de la décision du CPH de DIJON, le jugement devait donc fort logiquement s’appliquer et la salariée se voir embauchée par APRR sous Contrat à Durée Indéterminée à temps plein.
Après plusieurs relances afin qu’APRR applique le jugement du CPH de Dijon du 19 mars 2009, la salariée n’obtenant pas la moindre réponse, elle a donc été contrainte, sans travail et sans salaire depuis le 9 janvier 2009, de prendre acte de la rupture de son contrat de travail aux torts de l’employeur. C’est pourquoi la salariée a été amenée à saisir une deuxième fois le Conseil des Prud’hommes de Dijon.
Par jugement du conseil des prud’hommes de DIJON en date du 30 juin 2010 obtient (en plus du premier jugement du 19 mars 2010)
- Déclare que la prise d’acte de rupture de son contrat de travail produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse
- Déclare qu’il y a lieu de liquider l’astreinte prononcée par le conseil des prud’hommes de DIJON le 19 mars 2009 à hauteur de 200 €
- CONDAMNE la SA APRR à verser à la salariée les sommes suivantes :
10800 € à titre d’indemnité pour licenciement
sans cause réelle et sérieuse
6450 € à titre d’indemnité
conventionnelle de licenciement
3600 € brut à titre de préavis et
360 € brut au titre de congés payés afférents
9987 € brut à titre de rappel de
salaires pour la période du 9 janvier 2009 au 25 juin 2009 et 998,70 € au titre de congés payés afférents
200 € au titre de la
qualification de l’astreinte prononcée le 19 mars 2009
450 € au titre de l’article
700 du code de procédure civile
MALGRE les multiples condamnations d’APRR quant à la requalification de ses salariés sous contrats CDD en CDI, APRR a interjeté appelle de la décision du Conseil des Prud’hommes de DIJON du 30 juin 2010… La salariée (toujours avec le soutien du syndicat SUD APRR) n’en a donc toujours pas terminé avec APRR
Contact : 06 14 63 65 72 (JP Campanato)
La direction régionale des ASF, basée à Agen, reste très discrète sur la situation. Les gestes de désespoir ont concerné trois femmes, l'une au
péage de Mazières, une autre au tunnel de Puymorens et la troisième au siège même d'Agen.
Les syndicats attribuent les tentatives de suicide de ces trois employées aux conditions de travail, après une réorganisation du travail qui occasionnerait un stress trop
important. Depuis la vente en 2006 des ASF au groupe privé Vinci, 700 postes ont été supprimés au plan national et le rythme de travail aurait ainsi considérablement augmenté.
Transévry : les NAO continuent. Deux alarmes sociales une grève pour le 1er avril font pression. Les élections en mai verront 8 listes car notre proposition d’une liste unique n’a pas été acceptée. Le patron harcèle SUD et ses adhérents ainsi que la CGT mais s’entend bien avec tous les autres et affirme même qu’il les dirige… Des DS vont perdre leur place, puis probablement leurs adhérents.
Urbains Nîmes, SUD a obtenu dans les NAO :
-L’équivalent d’un 14ème mois, même si l’entreprise ne le mentionne pas comme tel.
-Tickets restaurant : 27 sur tous les mois de l’année, d’une valeur de 8 €.
-Prime de dimanche : 4 heures par dimanche travaillé.
-Prime pour service coupé : 2 heures.
-Départ en retraite : davantage de jours par année
d’ancienneté en plus des 2 jours que prévoit la CCN.
-Chèques vacances : 500 €/an.
Bus verts Calvados : SUD ne signe pas les NAO qu’approuvent seulement la FNCR :
-Salaire augmenté de : 0,40 € au 1er janvier, 0,30 € au 1er mai, 0,20 € au 1er octobre.
-Montant de la prime de vacances pour un temps complet en conduite : 1 350 € au mois de juin.
-Prime de dimanche : forfait de 50 € pour tout le monde.
-Tickets restaurant : pour les administratifs uniquement
6,80 €
TRANSEVRY : Les NAO prévoient des augmentations de salaires de 1% au 1er janvier et 0,5% au 1er septembre. SUD ne signe pas, car dans le réseau voisin, c’est 1 828 € brut pour un nouvel embauché, alors qu’à Transévry, c’est 1 776,91 € brut. Les salariés demandent à être traités comme eux et demandent 1 850 € brut. Le patron refuse, malgré le dépôt de deux alarmes sociales. Un préavis de grève est déposé pour le 1er avril.
Urbains SUD Tisséo Toulouse a signé l’accord NAO qui accorde une priorité aux bas salaires (jusqu’à 10%) et qu’ils affirment être le meilleur de tous les réseaux. Cette réussite doit beaucoup au préavis de grève intersyndicale et au nombre de déclarations d’intention de faire grève, y compris chez les maîtrises réveillés par un tract SUD.
Véolia Transports Vulaines : les NAO viennent de se dérouler, voici ce qui a été obtenu :
Salaire d’embauche : il passe de 1613 à 1646 euros. Après 8 ans d’ancienneté : il passe de 1831 à 1868 euros. Cela correspond à une hausse de 2%. Augmentation des paliers
d’ancienneté.
SUD Optymo, Belfort : les élections ont été annulées par décision de justice à la demande de FO qui n’avait pas été invitée légalement au protocole préélectoral.
Derichebourg-Polyurbaine, Charenton le Pont : cette entreprise conteste notre implantation nous sommes convoqués au Tribunal le 06 avril 2010. Même avocat, mêmes conclusions… même réussite !!!
N’4 MOBILITES, Transport de voyageurs, Roissy en Brie (77) : toujours en pleine période de
NAO, l’intersyndicale fonctionne toujours. Les salariés commencent à se poser des questions sur le rapprochement « Véolia-Transdev ».
Un tract va être réalisé.
SUD TRA Transport Rapide Automobile : le DS a fait état de menace de mort et de propos antisémite à la direction qui n’a pris aucune mesure, alors que c’est la 6ème fois que de
tels incidents sont signalés. Il porte plainte contre l’agresseur et contre le responsable de l'établissement qui a l'obligation de veiller à la santé physique et mentale des
salariés.
Voyageurs : Kéolis est content avec une hausse de 5% du chiffre d’affaires, une croissance de 10%, 10 milliards d’euros de contrats, le renouvellement de ses appels d’offre, son implantation mondiale dans 3 nouveaux pays… nul doute que les salaires vont augmenter et les conditions de travail s’améliorer…
Autoroute : SUD Area avait raté la représentativité
par manque de 2 voix et a contesté la régularité des élections. Il a perdu, pour vice de forme et doit payer 500€ à la CFDT et à la direction. NAO : les (autres) organisations ont signé pour
seulement 1,3%.
syndical, en légère baisse, et SUD espère pouvoir mettre en avant les valeurs de Solidaires : moins de moyens
pour quelques militants, et plus pour le plus grand nombre. Dans la même perspective, il demande que l’argent des locations de locaux syndicaux inutilisés (car trop loin des entreprises) soit
utilisé pour les salarié-e-s agressé-e-s, leur
famille… Conditions de travail : la direction va diminuer le bruit dans les fourgons blindés… en conseillant des bouchons d’oreilles. SUD demande au CHS-CT de refuser ce subterfuge.
le SNA SUD CF MF a pris acte de la décision de justice, demandée par l’UNSA, de créer une seule entité entre
les entreprises du groupe, ce qui va remettre à plat les acquis des salariés dans un contexte de rapport de force dégradé. Il a demandé
vainement à l’UNSA de retirer se demande. La direction a proposé un nouvel accord pour le droit
Routiers : on se souvient que les (autres) organisations syndicales avaient renoncé à la grève
en décembre en affirmant qu’elles avaient obtenu 4% au titre des retards en 2007 et 2008. En commission paritaire les organisations patronales ont non seulement rejeté ces 4%, mais n’ont indiqué
aucune augmentation. Les mêmes organisations syndicales ont décidé de quitter les négociations paritaires et interpellé le président de la commission
nationale d’interprétation et de conciliation de la convention collective. Une bonne grève ne serait-elle pas plus efficace ?
SUD Transports des 2 Savoies, dans son journal, conteste la gestion du STAC (Chambéry) par Véolia et demande le retour à une régie.
Attention au « développement »
Petite histoire bien peu agréable vécue à TRA, entreprise de transport de voyageurs à Villepinte (93) où nous venions de réaliser le score de 17% environ aux dernière élections professionnelles, il n’y a pas un mois. Lundi après midi, le DS nous informe que sa direction venait de le mettre en mise à pied conservatoire ainsi que le RS au CE et un élu DP et CHSCT (actuellement en formation), qu'une procédure de licenciement était en cours à leur encontre ainsi qu'un dépôt de plainte. Vingt minutes plus tard le DRH de Véolia appelle pour informer des procédures à l'encontre des trois salariés de la TRA, un « licenciement pour tentative extorsion et menaces », parce qu’ils ont demandé 60 000 € pour quitter l'entreprise avec la menace de mettre le feu à la boîte. La direction nous a fait écouter l’enregistrement dont nous avons déclaré le côté « illicite, illégal ». Nous avons clairement entendu :
• que les trois personnes avaient sollicité un entretien afin de demander de quitter l’entreprise en échange de
60 000 €
• que s’ils n’obtenaient pas gain de cause ils mettraient l’entreprise en état de conflit
permanent
• qu’ils se désintéressaient des salariés
• qu’ils avaient sous contrôle l’UST ainsi que l’UNSA dans l’entreprise. L’UST a retiré le mandat de DS.
Moralité : il faut toujours se méfier des patrons, et nous devons être très vigilants avant de nommer un RSS ou DS.
SUD Transport Daniel Meyer : il y aura bien une liste SUD Transport lors des prochaines
élections le 12 Janvier. Rappelons que nous avions déjà un DS.
Interurbains Transevry : La direction a proposé un plan pour l’emploi des seniors, est ce
que d’autres syndicats ont eu de même proposition de négociation ?
Solidarité SUD TCL : pour une action syndicale, Sylvain Husson, conseiller du salarié et militant Solidaires, est
licencié et condamné à verser 10 800 € de dommages et intérêts à l’entreprise qui vient de le licencier, Transports en Commun Lyonnais (TCL), 15 jours de prison avec sursis, 800 € à verser à
TCL au titre de l’article 700. Tout cela après que la défense ait insisté sur le climat détestable dans l’entreprise (voir les notes précédentes), sur les 30 ans qu’y a passés Sylvain sans
aucun problème, et sur les lourdes conséquences de son licenciement, pour lui, sa femme et ses trois enfants. Sylvain Husson est très lourdement puni pour faire un exemple. Suite à l’action de
blocage des trams, 5 plaintes ont été déposées puis seul Sylvain est passé au tribunal. Ces 10 800 €, Sylvain ne peut pas les payer avec le peu qu’il touche chaque mois depuis son licenciement.
La solidarité s'impose : chaque petite somme aidera beaucoup Sylvain. Solidaires Rhône lance un
appel national à la solidarité, pour aider son militant. Les dons doivent être transmis à SOLIDAIRES Rhône 2, rue Chavanne 69001 Lyon.
SUD Transports 83 se félicite de l’initiative des organisations CGT et CFDT de Véolia propreté demandant à la direction de l’inviter aux NAO, mais
attend la décision de la direction, à la fois sur le principe et sur son statut d’acteur ou d’observateur.
SUD Autoroute : lors des élections professionnelles, la section SUD AREA a relevé plusieurs irrégularités et a
dénoncé les résultats du 7 octobre qui lui font manquer les 10 % pour deux voix. L'affaire aurait dû être jugée le 18 novembre, elle a été renvoyée au 27 janvier. Cette petite section avec peu
de moyens a décidé de prendre un avocat et demande une aide financière, une contribution qui permette de continuer la lutte.
Convoyeurs de fonds : l'agence de Bordeaux de la
société Brink's a commencé l’action
sur les salaires, les conditions de travail et la sécurité en désorganisant le service transport par des prises de service aléatoire. Lorsque la direction a décidé de filtrer les entrées en ne laissant passer que les salariés annonçant leur désir de
travailler, les organisations ont décidé la grève avec l'ensemble des convoyeurs : CGT, FO, y compris FO et FNCR présent sur l'agence mais lâchées par leur syndicat respectif. La présence de
Solidaires 33 a été d’autant plus appréciée que les autres organisations ne se sont
pas déplacées. Au bout de 6 jours de grève, la négociation avec un médiateur a permis de doubler le prix du repas, de mettre en place des groupes de travail sur la sécurité, de mettre l’agence
sous tutelle de la DG…mais de renvoyer les salaires et temps de travail à une décision nationale, ce qui incite SUD à préparer la mobilisation. Le caractère dangereux du métier de convoyeurs se confirme malheureusement chaque semaine (57 agressions en 2009) : un
dabiste de Loomis Marseille pris en otage, une tentative de braquage d'un véhicule blindé de l'agence d' Arcueil (Loomis) qui a fait l’objet de l’actualité car le garde a riposté et le
chauffeur s'est dégagé des camionnettes (c’est lui qui a déjà subi le braquage de belle épine). Le syndicat a demandé une audience au ministre afin de définir des mesures concrètes garantissant
la sécurité.
Emploi des seniors : la direction Loomis, pour ne pas payer de pénalités en l’absence
d’accord, a proposé une consultation au CCE. Elle préfère cette démarche à la négociation avec les OS qui refusent de retarder l’âge de départ en retraite, de mettre en cause le Congé de Fin
d’Activité qu’il faudrait au contraire étendre à d’autres métiers.

Développement
Transport de marchandises : une nouvelle section voit le jour chez les transports DATAR à Perpignan. Les élections sont pour bientôt.
les syndicats vont publier leurs comptes
Attendus depuis plusieurs mois, les décrets d'application de la réforme de 2008 sur la représentativité concernant la
transparence du financement des syndicats et du patronat ont été publiés au « Journal officiel » hier. Provoquée par le scandale des comptes de l'UIMM en 2007, c'est une révolution
après des dizaines d'années d'opacité. Les syndicats devront présenter chaque année un bilan, un compte de résultat et une annexe. Leurs comptes devront intégrer les cotisations, le traitement
des apports, des dons, des contributions publiques et en nature, mais aussi le traitement des dépenses liées aux congrès et au financement des organisations satellites. Surtout, les comptes des
organisations dont les ressources dépassent 230.000 euros devront être certifiés par un commissaire aux comptes. Sous ce seuil, leurs comptes pourront être présentés sous une forme
simplifiée.
C'est, de fait, sur les syndicats de salariés que la pression est la plus forte. La réforme de la représentativité fait de la transparence des comptes un des
critères à respecter pour être représentatif. La situation est plus confortable pour les organisations patronales, le dossier de leur représentativité ayant été renvoyé à plus tard. Elles n'en
ont pas moins de réels efforts à faire elles aussi. Le Medef a commencé à faire certifier ses comptes, mais la CGPME ne publie que des données très succinctes et l'UPA garde secrets ses
chiffres. (D.P Les Echos)
Voir le décret paru au J.O le 30/12/2009
Nous avons appris vendredi 11 décembre qu'une fois de plus , l'un de nos collègues est
décédé pendant qu'il effectuait une tâche somme toute banale.
Nous sommes tous évidemment sous le choc, et transmettons toutes nos pensées à sa famille, ses collègues et proches.
Article de SUD
Cofiroute.
Douleurs insupportables : A l'arrivée des gendarmes, il était
conscient. « Un de ses collègues lui avait posé un garrot », précise le lieutenant Manuel Jeanroy, commandant du peloton autoroutier de Vierzon.
Le trafic de la ligne A du RER toujours très
perturbé, au cinquième jour de grève.
Il suffit de faire
grève au bon moment !

Financement occulte, coupures de plus en plus fréquentes avec la base… Les syndicats français sont en crise et de plus en plus désertés par les salariés. En ce mercredi, journée mondiale de
mobilisation pour le “travail décent”, nous revenons sur plusieurs livres qui mettent les pieds dans le plat.
« Les syndicats, en France, ont toujours eu un côté sacré. Comme ils sont au cœur du contrat social, tout le monde les respecte. Alors personne n’ose dire la vérité : le paysage syndical est un grand corps malade sous tente à oxygène. Les grandes confédérations sont devenues une sorte de village Potemkine, vous savez, ces façades en trompe-l’œil qu’on dressait en Russie sur le passage de l’impératrice Catherine pour cacher la misère… » L’universitaire Dominique Andolfatto, qui publie ces jours-ci, avec Dominique Labbé, une enquête sur le « déclin du syndicalisme à la française », n’est pourtant ni un boute-feu ni un pamphlétaire porté à l’outrance. Dans Toujours moins !, leur essai publié chez Gallimard, ces deux spécialistes de la question syndicale n’ont fait qu’aligner les statistiques et rassembler leurs connaissances très pointues. Leur constat est accablant : des syndicats institutionnalisés qui se sont peu à peu coupés du terrain et de leurs maigres adhérents. Des directions syndicales apathiques qui avalent couleuvres sur couleuvres au nom d’un « syndicalisme de négociation » alors que les conditions de travail se dégradent depuis vingt ans pour la majorité des salariés. Des syndicats aux sources de revenus inavouables venant du patronat et de multiples caisses noires. L’ancien représentant des patrons Yvon Gattaz sait de quoi il parle quand il affirme que « le financement des syndicats est aussi obscur que l’était le financement des partis politiques il y a encore quelques années » (1). Le scandale de l’UIMM (Union des industries et des métiers de la métallurgie), la branche métallurgique du patronat qui « fluidifiait le dialogue social », selon les mots de son président, en arrosant notamment les syndicats de salariés, n’est sans doute que la face émergée d’un iceberg terrifiant mêlant financements occultes et corruption.
Un village Potemkine ? L’image est à peine caricaturale : au moment où la plus grave crise du capitalisme financier depuis 1929 frappe de plein fouet les classes populaires, les six principales centrales syndicales proposent en guise de rentrée sociale une « journée de mobilisation pour le travail décent ». Cet appel relaie un mot d’ordre planétaire lancé par la Confédération syndicale internationale. Intention louable. Mais efficacité – on va être gentil – contestable. Qui va avoir envie de battre le pavé, aujourd’hui mercredi 7 octobre, et de perdre une journée de salaire après les grandes grèves générales sans suite du début de l’année ? Celles des 29 janvier et 19 mars avaient fortement mobilisé, mais la contestation était ensuite retombée comme un soufflé, noyée dans un fourre-tout anti-Sarkozy démobilisateur.
Une courbe, spectaculaire, explique à elle seule l’ampleur de la crise des syndicats : c’est celle de la perte des adhérents depuis trente ans. Elle a la forme d’une pente, raide comme une piste noire. Plus de 25 % des salariés étaient syndiqués au milieu des années 70, ils sont presque quatre fois moins aujourd’hui. Avec moins de deux millions d’adhérents sur vingt-quatre millions de salariés, la France est le pays développé le moins syndicalisé du monde. Il n’y a guère que les Etats-Unis pour nous rejoindre en bas du tableau. Les Suédois, avec plus de 80 % d’adhérents et une culture syndicale extrêmement ancrée dans la vie de l’entreprise, caracolent en tête.
“Considérant qu’ils avaient au pouvoir un
gouvernement “ami”, les syndicats ont eu
tendance, sous la gauche, à moins réagir.”
Contrairement à une idée largement répandue, la tradition syndicale en France n’a pas toujours été faible. Juste après la Seconde Guerre mondiale, les syndicats attiraient
même plus de 40 % des salariés. C’est au tournant des années 80, au moment même de l’arrivée de la gauche au pouvoir, qu’a commencé le déclin. Annick Coupé, porte-parole nationale de Solidaires,
l’union qui regroupe notamment les syndicats SUD, y voit un lien de cause à effet : « Considérant qu’ils avaient au pouvoir un
gouvernement “ami”, les syndicats ont eu tendance, sous la gauche, à moins réagir. Il est tout de même significatif que le tournant de la rigueur, en 1983, n’ait déclenché aucun mouvement social.
Mais de nombreux autres facteurs ont joué pour expliquer la désyndicalisation, notamment la désindustrialisation, qui a mis à bas des secteurs entiers de forte tradition syndicale, comme la
sidérurgie. L’éclatement du salariat ne nous a pas été favorable. » Certes, mais d’autres facteurs, directement imputables au monde syndical, ont probablement pesé d’un grand poids : «
Jusqu’à la fin des années 70, la principale activité des élus et des militants syndicaux consistait à apporter aux adhérents une aide individuelle contre les licenciements, les sanctions, les
mutations arbitraires, les brimades – celles des chefs mais aussi celles des collègues – et pour résoudre une multitude de problèmes quotidiens, écrivent Dominique Andolfatto et Dominique
Labbé. Peu à peu, les délégués syndicaux, moins nombreux, se sont mis aussi à cumuler les fonctions : délégué du personnel, élu au comité d’entreprise, membre du comité hygiène et sécurité…
Résultat, les salariés ne rencontrent presque plus leurs élus. Les délégués passent trop rarement dans les ateliers et les bureaux. Ils ont régulièrement des réunions avec le service des
relations humaines et ils interpellent rituellement la direction, comme le font les parlementaires avec le gouvernement. Ils appellent cela “poser” les problèmes alors qu’auparavant ils
essayaient de les résoudre par la médiation et le dialogue direct avec la maîtrise. »
Reprenons notre courbe de la désyndicalisation en France. Au moment où elle plonge, à partir du début des années 80, une autre courbe prend le chemin inverse : celle des permanents syndicaux. Ceux-ci ont paradoxalement triplé, quadruplé, voire davantage, dans la même période. D’où vient l’argent pour payer ces emplois alors que les cotisations des adhérents représentent souvent moins de 20 % du budget d’un syndicat ? On entre là dans une zone d’ombre que bien peu de personnes – y compris les universitaires spécialistes du monde syndical – essaient d’explorer. Deux syndicalistes téméraires spécialistes des affaires de corruption, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont, tentent depuis des années de percer ces mystères en compagnie du journaliste Roger Lenglet. Dans L’Argent noir des syndicats (éd. Fayard, 2008), ils décrivent, moult exemples à l’appui, comment des secteurs entiers du syndicalisme sont financés en sous-main par le patronat, par les pouvoirs publics (en détournant notamment l’argent de la formation), ou par les caisses paritaires comme la Caisse d’assurance maladie ou le 1 % logement. A cela s’ajoute la corruption de syndicalistes qui « ne se réduit pas à des pratiques isolées ou à des caricatures comme le voudraient les leaders syndicaux, mais qui est aujourd’hui un phénomène de grande ampleur », assure Roger Lenglet, prenant l’exemple des sociétés de nettoyage, « un secteur particulièrement touché où on croise des délégués purement et simplement achetés par les directions »
“Comment voulez-vous que le syndicalisme
se relève, qu’il retrouve son indépendance
et sa combativité, si la critique
ne vient pas de l’intérieur ?”
Mais il n’est pas bien vu dans le milieu syndical de soulever ces questions et rares sont ceux qui brisent le tabou : « C’est un crève-coeur, confie Touly, ancien élu CGT écarté par son syndicat, aujourd’hui adhérent à SUD. On nous accuse de traîtrise, les portes se ferment. Au mieux on nous chuchote de ne pas “tirer sur une ambulance”. Mais comment voulez-vous que le syndicalisme se relève, qu’il retrouve son indépendance et sa combativité, si la critique ne vient pas de l’intérieur ? »
Fragilisés par leurs faibles troupes, pieds et poings liés par leurs financements obscurs, les principaux leaders syndicaux sont devenus les acteurs de plus en plus impuissants d’un jeu de rôles. La loi d’août 2008 sur la représentativité syndicale (aux élections professionnelles, une organisation syndicale doit recueillir au moins 10 % des suffrages exprimés pour être représentative dans l’entreprise, et 8 %, au niveau national, pour être reconnue comme interlocuteur), loin de réformer le système actuel, le renforce en confortant la position des grandes organisations, la CGT et la CFDT en particulier.
« Il y a des milliers de syndicalistes qui se démènent à la base. Attention quand même au
“tous pourris” et au populisme anti-syndicats », prévient Annick Coupé, qui se bat en même temps à SUD pour rénover les vieilles
pratiques syndicales. Mais l’urgence est là, et les prudences stratégiques ne sont plus de mise. Mesures anticorruption, transparence des financements, démocratie interne, révolution culturelle
pour bousculer la langue de bois syndicale et inventer de nouvelles formes d’action… le chantier à venir des syndicats est immense. A moins d’attendre qu’un nouveau scandale du type de celui de
l’UIMM ne révèle à l’opinion la dimension affolante de ce théâtre d’ombres.
ContentPasContent