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les syndicats vont publier leurs comptes
Attendus depuis plusieurs mois, les décrets d'application de la réforme de 2008 sur la représentativité concernant la
transparence du financement des syndicats et du patronat ont été publiés au « Journal officiel » hier. Provoquée par le scandale des comptes de l'UIMM en 2007, c'est une révolution
après des dizaines d'années d'opacité. Les syndicats devront présenter chaque année un bilan, un compte de résultat et une annexe. Leurs comptes devront intégrer les cotisations, le traitement
des apports, des dons, des contributions publiques et en nature, mais aussi le traitement des dépenses liées aux congrès et au financement des organisations satellites. Surtout, les comptes des
organisations dont les ressources dépassent 230.000 euros devront être certifiés par un commissaire aux comptes. Sous ce seuil, leurs comptes pourront être présentés sous une forme
simplifiée.
C'est, de fait, sur les syndicats de salariés que la pression est la plus forte. La réforme de la représentativité fait de la transparence des comptes un des
critères à respecter pour être représentatif. La situation est plus confortable pour les organisations patronales, le dossier de leur représentativité ayant été renvoyé à plus tard. Elles n'en
ont pas moins de réels efforts à faire elles aussi. Le Medef a commencé à faire certifier ses comptes, mais la CGPME ne publie que des données très succinctes et l'UPA garde secrets ses
chiffres. (D.P Les Echos)
Voir le décret paru au J.O le 30/12/2009
Nous avons appris vendredi 11 décembre qu'une fois de plus , l'un de nos collègues est
décédé pendant qu'il effectuait une tâche somme toute banale.
Nous sommes tous évidemment sous le choc, et transmettons toutes nos pensées à sa famille, ses collègues et proches.
Article de SUD
Cofiroute.
Douleurs insupportables : A l'arrivée des gendarmes, il était
conscient. « Un de ses collègues lui avait posé un garrot », précise le lieutenant Manuel Jeanroy, commandant du peloton autoroutier de Vierzon.
Le trafic de la ligne A du RER toujours très
perturbé, au cinquième jour de grève.
Il suffit de faire
grève au bon moment !

Financement occulte, coupures de plus en plus fréquentes avec la base… Les syndicats français sont en crise et de plus en plus désertés par les salariés. En ce mercredi, journée mondiale de
mobilisation pour le “travail décent”, nous revenons sur plusieurs livres qui mettent les pieds dans le plat.
« Les syndicats, en France, ont toujours eu un côté sacré. Comme ils sont au cœur du contrat social, tout le monde les respecte. Alors personne n’ose dire la vérité : le paysage syndical est un grand corps malade sous tente à oxygène. Les grandes confédérations sont devenues une sorte de village Potemkine, vous savez, ces façades en trompe-l’œil qu’on dressait en Russie sur le passage de l’impératrice Catherine pour cacher la misère… » L’universitaire Dominique Andolfatto, qui publie ces jours-ci, avec Dominique Labbé, une enquête sur le « déclin du syndicalisme à la française », n’est pourtant ni un boute-feu ni un pamphlétaire porté à l’outrance. Dans Toujours moins !, leur essai publié chez Gallimard, ces deux spécialistes de la question syndicale n’ont fait qu’aligner les statistiques et rassembler leurs connaissances très pointues. Leur constat est accablant : des syndicats institutionnalisés qui se sont peu à peu coupés du terrain et de leurs maigres adhérents. Des directions syndicales apathiques qui avalent couleuvres sur couleuvres au nom d’un « syndicalisme de négociation » alors que les conditions de travail se dégradent depuis vingt ans pour la majorité des salariés. Des syndicats aux sources de revenus inavouables venant du patronat et de multiples caisses noires. L’ancien représentant des patrons Yvon Gattaz sait de quoi il parle quand il affirme que « le financement des syndicats est aussi obscur que l’était le financement des partis politiques il y a encore quelques années » (1). Le scandale de l’UIMM (Union des industries et des métiers de la métallurgie), la branche métallurgique du patronat qui « fluidifiait le dialogue social », selon les mots de son président, en arrosant notamment les syndicats de salariés, n’est sans doute que la face émergée d’un iceberg terrifiant mêlant financements occultes et corruption.
Un village Potemkine ? L’image est à peine caricaturale : au moment où la plus grave crise du capitalisme financier depuis 1929 frappe de plein fouet les classes populaires, les six principales centrales syndicales proposent en guise de rentrée sociale une « journée de mobilisation pour le travail décent ». Cet appel relaie un mot d’ordre planétaire lancé par la Confédération syndicale internationale. Intention louable. Mais efficacité – on va être gentil – contestable. Qui va avoir envie de battre le pavé, aujourd’hui mercredi 7 octobre, et de perdre une journée de salaire après les grandes grèves générales sans suite du début de l’année ? Celles des 29 janvier et 19 mars avaient fortement mobilisé, mais la contestation était ensuite retombée comme un soufflé, noyée dans un fourre-tout anti-Sarkozy démobilisateur.
Une courbe, spectaculaire, explique à elle seule l’ampleur de la crise des syndicats : c’est celle de la perte des adhérents depuis trente ans. Elle a la forme d’une pente, raide comme une piste noire. Plus de 25 % des salariés étaient syndiqués au milieu des années 70, ils sont presque quatre fois moins aujourd’hui. Avec moins de deux millions d’adhérents sur vingt-quatre millions de salariés, la France est le pays développé le moins syndicalisé du monde. Il n’y a guère que les Etats-Unis pour nous rejoindre en bas du tableau. Les Suédois, avec plus de 80 % d’adhérents et une culture syndicale extrêmement ancrée dans la vie de l’entreprise, caracolent en tête.
“Considérant qu’ils avaient au pouvoir un
gouvernement “ami”, les syndicats ont eu
tendance, sous la gauche, à moins réagir.”
Contrairement à une idée largement répandue, la tradition syndicale en France n’a pas toujours été faible. Juste après la Seconde Guerre mondiale, les syndicats attiraient
même plus de 40 % des salariés. C’est au tournant des années 80, au moment même de l’arrivée de la gauche au pouvoir, qu’a commencé le déclin. Annick Coupé, porte-parole nationale de Solidaires,
l’union qui regroupe notamment les syndicats SUD, y voit un lien de cause à effet : « Considérant qu’ils avaient au pouvoir un
gouvernement “ami”, les syndicats ont eu tendance, sous la gauche, à moins réagir. Il est tout de même significatif que le tournant de la rigueur, en 1983, n’ait déclenché aucun mouvement social.
Mais de nombreux autres facteurs ont joué pour expliquer la désyndicalisation, notamment la désindustrialisation, qui a mis à bas des secteurs entiers de forte tradition syndicale, comme la
sidérurgie. L’éclatement du salariat ne nous a pas été favorable. » Certes, mais d’autres facteurs, directement imputables au monde syndical, ont probablement pesé d’un grand poids : «
Jusqu’à la fin des années 70, la principale activité des élus et des militants syndicaux consistait à apporter aux adhérents une aide individuelle contre les licenciements, les sanctions, les
mutations arbitraires, les brimades – celles des chefs mais aussi celles des collègues – et pour résoudre une multitude de problèmes quotidiens, écrivent Dominique Andolfatto et Dominique
Labbé. Peu à peu, les délégués syndicaux, moins nombreux, se sont mis aussi à cumuler les fonctions : délégué du personnel, élu au comité d’entreprise, membre du comité hygiène et sécurité…
Résultat, les salariés ne rencontrent presque plus leurs élus. Les délégués passent trop rarement dans les ateliers et les bureaux. Ils ont régulièrement des réunions avec le service des
relations humaines et ils interpellent rituellement la direction, comme le font les parlementaires avec le gouvernement. Ils appellent cela “poser” les problèmes alors qu’auparavant ils
essayaient de les résoudre par la médiation et le dialogue direct avec la maîtrise. »
Reprenons notre courbe de la désyndicalisation en France. Au moment où elle plonge, à partir du début des années 80, une autre courbe prend le chemin inverse : celle des permanents syndicaux. Ceux-ci ont paradoxalement triplé, quadruplé, voire davantage, dans la même période. D’où vient l’argent pour payer ces emplois alors que les cotisations des adhérents représentent souvent moins de 20 % du budget d’un syndicat ? On entre là dans une zone d’ombre que bien peu de personnes – y compris les universitaires spécialistes du monde syndical – essaient d’explorer. Deux syndicalistes téméraires spécialistes des affaires de corruption, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont, tentent depuis des années de percer ces mystères en compagnie du journaliste Roger Lenglet. Dans L’Argent noir des syndicats (éd. Fayard, 2008), ils décrivent, moult exemples à l’appui, comment des secteurs entiers du syndicalisme sont financés en sous-main par le patronat, par les pouvoirs publics (en détournant notamment l’argent de la formation), ou par les caisses paritaires comme la Caisse d’assurance maladie ou le 1 % logement. A cela s’ajoute la corruption de syndicalistes qui « ne se réduit pas à des pratiques isolées ou à des caricatures comme le voudraient les leaders syndicaux, mais qui est aujourd’hui un phénomène de grande ampleur », assure Roger Lenglet, prenant l’exemple des sociétés de nettoyage, « un secteur particulièrement touché où on croise des délégués purement et simplement achetés par les directions »
“Comment voulez-vous que le syndicalisme
se relève, qu’il retrouve son indépendance
et sa combativité, si la critique
ne vient pas de l’intérieur ?”
Mais il n’est pas bien vu dans le milieu syndical de soulever ces questions et rares sont ceux qui brisent le tabou : « C’est un crève-coeur, confie Touly, ancien élu CGT écarté par son syndicat, aujourd’hui adhérent à SUD. On nous accuse de traîtrise, les portes se ferment. Au mieux on nous chuchote de ne pas “tirer sur une ambulance”. Mais comment voulez-vous que le syndicalisme se relève, qu’il retrouve son indépendance et sa combativité, si la critique ne vient pas de l’intérieur ? »
Fragilisés par leurs faibles troupes, pieds et poings liés par leurs financements obscurs, les principaux leaders syndicaux sont devenus les acteurs de plus en plus impuissants d’un jeu de rôles. La loi d’août 2008 sur la représentativité syndicale (aux élections professionnelles, une organisation syndicale doit recueillir au moins 10 % des suffrages exprimés pour être représentative dans l’entreprise, et 8 %, au niveau national, pour être reconnue comme interlocuteur), loin de réformer le système actuel, le renforce en confortant la position des grandes organisations, la CGT et la CFDT en particulier.
« Il y a des milliers de syndicalistes qui se démènent à la base. Attention quand même au
“tous pourris” et au populisme anti-syndicats », prévient Annick Coupé, qui se bat en même temps à SUD pour rénover les vieilles
pratiques syndicales. Mais l’urgence est là, et les prudences stratégiques ne sont plus de mise. Mesures anticorruption, transparence des financements, démocratie interne, révolution culturelle
pour bousculer la langue de bois syndicale et inventer de nouvelles formes d’action… le chantier à venir des syndicats est immense. A moins d’attendre qu’un nouveau scandale du type de celui de
l’UIMM ne révèle à l’opinion la dimension affolante de ce théâtre d’ombres.
En deçà d'un seuil qui a été fixé en définitive
très bas (2.000 euros), patronat et syndicats pourront se contenter de déposer leurs comptes auprès de la ... Ils devront eux-mêmes assurer la publicité de leurs comptes via
leur site Internet...lire la
suite.
Une consultation nationale sur la privatisation de la Poste est organisée jusqu'au 3 octobre
2009 à travers toute la France à l’initiative du Comité national contre la privatisation de La Poste (composé des syndicats CGT, FO, SUD de La Poste, des Unions Départementales CGT, FO et de la
FSU, des partis politiques NPA, Parti Communiste, Parti Radical de Gauche, Parti Socialiste), pour un débat public et un référendum sur le service public postal.
SAUF LA CFDT qui ne s'associe pas à la lutte (c'est génétique !),
mais disbribue ce
tract dans ses services, en dénonçant la votation
!!!
Les organisations signataires de l’appel pour La Poste
• CFTC Postes et Télécommunications • Confédération CFTC • Fédération des Activités Postales et des Télécommunications CGT • CGT Finances • CGT Banque de France • Confédération CGT •
Confédération Paysanne • FO Communication • FNEM FO Fédération nationale de l’énergie et des mines Force Ouvrière • Confédération FO • SUD Crédit Foncier • Fédération SUD PTT • FSU Fédération
Syndicale Unitaire • SUD Caisses d’Epargne • Union Syndicale SOLIDAIRES • ACU (Association des communistes unitaires) • Alter Ecolo • Alternative Libertaire • ANECR Association Nationale des Elus
Communistes et Républicains • Club Gauche Avenir • CNCU Coordination Nationale des Collectifs Unitaires pour une Alternative au Libéralisme • Debout la République • La Fédération pour une
alternative sociale et écologique • GUE/NGL Composante française du groupe de la Gauche Unie européenne/Gauche verte Nordique • Les Alternatifs • Les Objecteurs de Croissance • Les Verts •
Mouvement de la Jeunesse Communiste • Mouvement des Jeunes Socialistes • MRC Mouvement Républicain et Citoyen • NPA Nouveau Parti Anticapitaliste • PCF Parti Communiste Français • Parti
Communiste Ouvrier Français • Parti de Gauche • PRG Parti Radical de Gauche • PS Parti Socialiste • Action Consommation • AFOC Association Force Ouvrière des Consommateurs • AITEC Association
Internationale d’Experts et Chercheurs • Amis de la Confédération paysanne • Confédération Paysanne • AC Agir contre le Chômage • APEIS Association Pour l’Emploi, l’Information, et la Solidarité
• ATTAC • CNR Conseil National de la Résistance • Convergence des Collectifs de Défense et de Développement des Services Publics • DAL Droit au Logement • Fondation Copernic • INDECOSA CGT • IPAM
Initiatives pour un Autre Monde • Jeunes Laïques et Solidaires • LDH Ligue des Droits de l’Homme • Marches Européennes • M’PEP Mouvement politique d’éducation populaire • Réseau Européen des
Missions Publiques • Résistance Sociale • UFAL Union des Familles Laïques • UNRPA Union Nationale des Retraités et Personnes Agées
sans dispositif d'accompagnement sérieux.Il faut faire du
chiffre au mépris de l'humain et il y a une volonté délibérée d'éjecter les fonctionnaires. Les anciens sont remplacés par « des jeunes de 20 ans, en CDD, qui ne rechignent pas sur les
heures tardives et qui travaillent aussi le samedi, "Anne-Marie, déléguée SUD-Télécom".
Souffrance au travail. Dans l’entreprise, on se dit « tristes mais pas étonnés » par le suicide de 21 salariés depuis février 2008. Chez
l’opérateur, le « management par la terreur » tue.
Pas de noms, des prénoms modifiés donc et bien sûr pas de photos. C’est à cette condition que nos interlocuteurs, à l’exception de Guy Antoine, délégué CGT de l’établissement principal France Télécom du Sud-Est, ont accepté de s’exprimer dans nos colonnes à propos du suicide récent d’un salarié de Marseille, accusant dans une lettre son « travail » pour expliquer son geste. Monique, conseillère clients chez Orange Mobile, justifie ainsi cette autocensure : « Je me suis mise en avant une fois, à la suite de quoi j’ai été placée seule dans un bureau à ne rien faire pendant six mois. J’ai exercé huit fonctions différentes en vingt-cinq ans et j’ai déménagé quatorze fois, je ne supporterais pas une quinzième. »
Qu’ils soient rattachés aux directions territoriales de Lyon, Marseille ou Nice, tous ces agents évoquent, dans le récit qu’ils font de leur vécu quotidien, un « management par la terreur » qui pourrait expliquer, en bonne partie, la vague de suicides, le dernier drame étant intervenu le 11 août dernier. À Besançon (Doubs), un technicien d’intervention a mis fin à ses jours. Il avait vingt-huit ans.
Pour illustrer ce qui est dans bien des têtes, l’un d’entre eux raconte l’anecdote suivante : « Il y a un mois j’ai fait une pause-café avec un collègue sur une terrasse au quatrième étage de la boîte. Il regardait vers la rue. Je lui dis en plaisantant : « tu vas pas sauter quand même »… Il me répond d’abord « jamais de la vie », et puis, quelques secondes plus tard, sérieux : « Et pourquoi pas ? ». »
Un témoignage parmi d’autres, nombreux, terriblement accusateurs. Le syndicaliste Guy Antoine, employé chez Orange, le constate tous les jours : « Le mal-être est profond à France Télécom parce que le travail y est devenu malade. » Le capital, lui, se porte bien : en 2008, 4 milliards d’euros de bénéfices ont été engrangés et 1,40 euro de dividende par action ont été versés.
« Jamais tranquille » Michel, cadre, Orange Mobile
« Nous sommes dans l’impossibilité d’amender et même de commenter les ordres reçus qui sont des objectifs de vente souvent inatteignables. Mais ce qui créé beaucoup d’angoisse
parmi les cadres, c’est le manque de perspective : nous ne savons pas quoi répondre à nos équipes sur l’avenir de l’entreprise. Il y a aussi une individualisation de plus en plus poussée des
carrières par le biais des primes ou de la mobilité. On ne vous laisse jamais tranquille, c’est même lorsque tout va bien qu’il faut se méfier car à tout moment on peut alors vous changer de
service, voire de métier. »
« La dictature de la PVV » Serge, conseiller clients au 10 14 (téléphone fixe) et au 39 00 (Internet)
« Je suis stressé dès que j’arrive au boulot car très souvent mon ordinateur ne marche pas, ce qui est
quand même un comble à FT. Je dois répondre à 6,3 appels à l’heure en moyenne pour être dans le taux de productivité demandé. C’est-à-dire que j’ai huit minutes pour convaincre le client
d’acheter quelque chose, c’est contrôlé par ordinateur. Le salaire de
base
est merdique, alors tout dépend de la part variable, en jargon interne, la PVV, la prime variable de vente. C’est calculé en fonction de ce que tu as vendu. Un mois je suis en dessous des 6,3
appels, on me retire 20 % de mes ventes, ce qui se répercute ensuite sur ma PVV. Un autre mois, si je me défonce je peux doubler mon salaire. On nous demande sans arrêt d’être plus agressifs
alors je sacrifie mes pauses, en principe dix minutes toutes les deux heures. Sur la centaine de « casques » de mon plateau (centre d’appels - NDLR), 70 % ont du mal à tenir la
cadence et se croient en situation d’échec. C’est dur à vivre. »
« Sous pression pour faire du fric » Étienne, dépanneur ADSL au 39 00 (Internet)
« On me pousse à partir vers une administration pour me remplacer par un jeune qui sera embauché avec un
contrat de droit privé. Je fais partie de la dernière espèce des fonctionnaires travaillant dans une société cotée en Bourse. On ne peut pas me licencier économiquement mais on me met la pression
pour faire du fric et me pousser à la faute. J’ai dix-sept minutes
par client pour
comprendre son problème et surtout lui placer des prestations payantes. Mon temps de présence au travail est contrôlé par ordinateur, à la seconde près. Les gens craquent. Dans mon service il y a
eu l’an dernier plus de 1 500 jours d’arrêts maladie. J’ai vu des collègues venir au boulot en pleurant. »
« Toi, t’as fait combien ? » Gérard, technicien intervention clients
« Chacun fait partie d’une équipe de dépanneurs gérée par un manager qui établit chaque semaine un classement entre nous à partir d’un PIC, un plan individuel de comparaison. À la fin d’un trimestre on te convoque pour examiner ton classement. Si tu es le dernier de la classe, tu le prends très mal quand on te conseille de changer de métier ! Tu te sens en situation d’échec et c’est dur. Depuis qu’on est plus service public, l’esprit du dépannage a été tué. Nous, on aime s’acharner sur une panne, la réparer quitte à y passer la journée. Maintenant on a une heure par client, déplacement compris, et il faut suivre à la lettre un script (questionnaire type - NDLR). Après il faut facturer (de 99 euros à 149 euros par intervention) parfois à des gens modestes pour un simple branchement de prise. Quand on est fonctionnaire, ce n’est pas évident. Avant, dans les briefings, on discutait de problèmes techniques. Maintenant c’est : « L’équipe a facturé telle somme, toi t’as fait combien ? » La boîte s’est déshumanisée. »
« Punition collective » Monique, conseillère clients, Orange Mobile
« J’ai six minutes pour traiter une demande et placer de la vente (un
téléphone neuf, une option de fidélisation) puis une minute et demi pour remplir la fiche client. Mes objectifs sont
fixés chaque mois. Par exemple : vendre sept téléphones par jour et retenir X clients. Même sous la douche chez moi j’y pense. Pour toucher la PVV il faut réaliser 60 % de l’objectif.
Comme j’ai gardé l’esprit service public, je prends quarante minutes s’il le faut pour traiter mon appel nickel. Mais tout est conditionné par la PVV et c’est le management par la terreur. Il y a
parfois des punitions collectives si les objectifs ne sont pas atteints. On est sans arrêt à cliquer avec la souris : rien que pour donner au client une info sur la météo du réseau (les
zones où « ça passe » - NDLR), il faut ouvrir trente pages. Beaucoup d’entre nous souffrent de tendinites à l’épaule. Le pire, c’est d’être en permanence sous tension : nous sommes
mis sur écoute, au hasard, par quelqu’un que nous ne voyons pas. Il y a aussi des « appels mystères » de faux clients. Sur mon plateau il y a déjà eu des interventions des pompiers et
beaucoup de congés pour dépression. »
« SMS de victoire » Christian, conseiller technique dans une boutique France Télécom
« Nous sommes parfois à la limite de la vente forcée. On vend aux gens des options dont ils n’ont pas toujours l’utilité. Tous les matins, le manager dit une « messe ». Des objectifs sont fixés : un jour, il faut faire du téléphone, un jour c’est du Borloo (1), un jour c’est du foot… Dès qu’une vente est faite, le manager envoie un SMS de victoire. Il y a aussi souvent des SMS d’engueulade, le harcèlement est permanent. Une fois par semaine, un cadre assiste à l’entretien avec le client et note tout. Beaucoup vivent cela très mal. La fin du mois est souvent angoissante : si je n’ai fait que 10 ventes de tel produit alors que je devais en faire 13, adieu la PVV ? Je réalise des heures supplémentaires que je ne me fais pas payer. J’ai toujours en mémoire l’histoire d’une cadre qui bossait douze heures par jour pour atteindre les objectifs. Un jour en rentrant à la maison elle a manqué un virage par inattention et s’est tuée, elle n’avait pas quarante ans. »
(1) Le vendeur fixe d’autorité un rendez-vous avec un technicien pour l’installation d’une Livebox avec option télévision qui peut bénéficier d’une déduction fiscale.
Philippe Jérôme lire l'article.
Chez PSA, le stress représente, pour un salarié sur cinq, un risque pour sa
santé
Communiqué Solidaires
La grippe A fait les gros titres de la presse et donne lieu à diverses expressions ministérielles
pour le moins confuses quant à la dangerosité réelle d’une future pandémie et aux mesures qui seront appliquées. Le plan « anti-pandémie » prévoit un certain
nombre de dispositions en cas de passage au niveau 5B et 6 en France. Si l’Union syndicale Solidaires est favorable à une application forte du principe de précaution, les mesures prises dans ce
cadre ne doivent pas se faire au détriment des salariés et du droit du travail.
La Direction générale du travail a publié une circulaire le 3 juillet dernier à destination des employeurs. Cette circulaire est censée approfondir celle du 18 décembre 2007. De fait, elle
ouvre des possibilités nouvelles pour les employeurs de déroger au droit du travail.
Assouplissement du temps de travail, modifications ou aménagement de l’exécution de la durée du travail, nouveaux
horaires, télé-travail … une batterie large de
possibles mesures plaçant les salariés à la merci de décisions unilatérales.
L’Union syndicale Solidaires demande aux ministres de la Santé et au ministre du Travail de modifier cette circulaire en insistant sur le fait que toutes modifications, liées à une éventuelle
pandémie, fassent l’objet de négociations avec les représentants du personnel et dans le respect du droit du travail.
L’Union syndicale Solidaires demande au gouvernement que cette nouvelle circulaire fasse prendre favorablement en compte aux entreprises la situation probable des
salariés qui se verraient dans l’obligation de garder leurs enfants suite à la fermeture d’écoles ou de classe. Cela passe, par l’ouverture immédiate de négociations pour résoudre ce problème,
la solidarité familiale prêchée par le ministre de l’éducation étant une pratique peu accessible à une majorité de salariés.
Dans la Fonction publique, un certain nombre de ministère et d’administration ont d’ores et déjà commencé à prendre des
mesures, tel que le recensement des agents « indispensables
». Ces mesures s’appliquent administration par administration. Même si aucune mesure de centralisation n’est prévue par les plans concernant la pandémie, l’Union syndicale Solidaires
demande au Ministre de la Fonction publique de centraliser les différentes mesures envisagées et d’ouvrir des négociations immédiates avec les organisations syndicales.
En fin, l’Union syndicale Solidaires demande au gouvernement d’informer réellement la population (par une seule voix) en indiquant les différentes mesures qu’il compte appliquer en cas de
passage au niveau 5B ou 6 du plan pandémique, selon les divers types de scénarii.
Le 24 août 2009
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